Les Brèves

Là où l’autoroute passe, la biodiversité trépasse

Menace sur l’Ecrevisse à Pattes Blanches sur la commune de Bostens dans les Landes

Une espèce protégée en forte régression

Présentation
L'Ecrevisse à patte blanche (Austropotamobius pallipes) est l'espèce indigène de nos cours d'eau. Partout, elle est en voir de disparition.
La perte de ces écrevisses patrimoniales révèle une pollution des eaux car elle ne supporte que les eaux pures et oxygénées. Elle est un indicateur biologique très sensible, à la moindre pollution, elle disparaît. La conservation des écrevisses favorise donc la protection des milieux aquatiques et la ressource en eaux.
Bien qu’elle soit protégée depuis 1983, sa répartition est fragmentée et les populations sont en forte régression et isolées. La pression anthropique en est souvent la cause ( dégradation de la qualité des eaux, braconnage, pêche intensive).
Les écrevisses patrimoniales sont donc menacées et en voie d’extinction car la pollution des cours d'eau et l'introduction accidentelle ou volontaire d'espèces exotiques (surtout d'Amérique du Nord) menace son équilibre biologique. Si les espèces nord-américaines entrent en compétition avec l’écrevisse à pattes blanches, elles sont aussi des porteuses résistantes d'une maladie, aphanomycosis, (la peste de l'écrevisse) qui est mortelle pour les écrevisses indigènes.

Description
De couleur brun/vert ponctué de nuances de gris, elle se distingue aisément de l’écrevisse à pattes rouges (autre espèce autochtone) par sa taille, légèrement plus petite mais aussi par son rostre triangulaire et à sa face inférieure blanche.

Répartition
L'Ecrevisse à pieds blancs ou pattes blanches est une espèce se rencontrant seulement dans l'ouest de l’Europe. En France, elle est encore présente dans plusieurs régions mais, partout elle est menacée de disparition car sa population est en forte régression. L’écrevisse à pattes blanches a beaucoup souffert des pollutions et des recalibrages de rivières. Cette espèce, à ne pas confondre avec l’écrevisse des torrents, est encore visible dans certains ruisseaux, torrents et petites rivières de montagne.

Habitat
Comme l’écrevisse à pattes rouges, elle affectionne les eaux fraîches bien oxygénées et de bonne qualité, les torrents aux fonds parsemés de graviers et de pierres. Sa présence dépend de la température des eaux et de la force du courant. Les mues (ecdysis) se trouvent dans les eaux à une température supérieure à 10 °C, les adultes sont visibles de juin à septembre, l'activité est réduite en hiver.

Reproduction
La maturité est atteinte lorsque les animaux atteignent cinq centimètres de long (à l'âge de deux ou trois ans). La reproduction réclame des eaux supérieures à 12 °C en octobre. Les œufs, entre 40 et 150, sont incubés durant six à neuf mois. La taille maximale des adultes est de 9 à 12 cm, ceux-ci pèsent alors de 30 à 90 g. Les tailles et les poids maximums sont atteints lorsque l'animal a une douzaine d'années.

Régime alimentaire
Elles se nourrissent de petits invertébrés, de larves aquatiques, de petits poissons morts ou de débris de végétaux terrestres ou aquatiques. Le cannibalisme des adultes sur les jeunes maintient le niveau des populations.

Mœurs
Les écrevisses sont extrêmement sédentaires. Elles passent leur existence aux abords du site où elles sont nées. Cet attachement leur est fatal en cas de pollution ou de destruction de la zone où elles évoluent. Animal à activité nocturne, l’écrevisse trouve le plus souvent abri durant la journée sous des pierres, sous des racines ou des souches immergées. Elle ne quitte ce refuge qu’à la nuit tombée pour partir à la recherche de nourriture. Dès que les premiers froids de l’hiver arrivent, l’écrevisse réduit son activité pour hiberner.

Menaces
Les menaces pesant sur cette espèce sont nombreuses : l'introduction accidentelle ou volontaire d'espèces exotiques (l’écrevisse de Louisiane ou Signal), menace son équilibre biologique. Elle est porteuse d’une maladie, aphanomycosis, décime les populations indigènes.
Les pollutions agricoles, l'acidification des eaux ainsi que le recalibrage des cours d’eau ou la construction de barrages sont probablement aussi des causes de la baisse des effectifs. Ces facteurs ont causé un préjudice considérable à nos espèces locales aujourd’hui disparues ou au bord de l’extinction.

Mesures de protection
La pêche des écrevisses autochtones et la taille de capture autorisée sont aujourd’hui sévèrement réglementées. En France, depuis 1983, des mesures de protection draconiennes ont été prises dans le but de protéger ces espèces indigènes et d’éradiquer, les espèces non désirées. Pour compléter ce dispositif d’autres mesures interdisent l’importation, le transport et la commercialisation d’espèces exotiques à l’état vivant.

Arrêté ministériel du 21 juillet 1983 relatif à la protection des écrevisses autochtones (J.O 19/08/1983) modifié par l'arrêté du 18/01/2000 (J.O 28/01/2000).
Arrêté ministériel du 21 juillet 1983 (www.ecologie.gouv.fr/IMG/pdf/JOecrevisses.pdf) relatif à la protection des écrevisses autochtones (J.O 19/08/1983) modifié par l'arrêté du 18/01/2000 (J.O 28/01/2000) (http://admi.net/jo/20000128/ATEN9980368A.html)


L’écrevisse menacée par la construction d’une autoroute sur la commune de Bostens

On dénonce
L’écrevisse à pattes blanches a beaucoup souffert de l'introduction accidentelle ou volontaire d'espèces exotiques (comme l’écrevisse de Louisiane), des pollutions et des recalibrages de rivières. Les mesures de protection ne sont donc pas toujours observées.

C’est le cas dans le département des Landes où, dans le cadre d’une étude environnementale menée en Aquitaine, une population d’écrevisses à pattes blanches a été remarquée, en août 2006, sur le site des neuf fontaines situé sur la commune de Bostens. Or cette zone naturelle très riche, propriété de la commune, est menacée par la construction de l'Autoroute A65 (Langon, Pau).
Curieusement, l'étude d'impact préalable aux travaux n’avait pas révélé la présence de cette espèce qui est pourtant protégée ainsi que ses milieux de vie depuis l’arrêté de 1983.

Au regard de la loi, cette zone naturelle, habitat de l’écrevisse à pattes blanches, ne doit être ni altérée ni dégradée sciemment.
Des mesures de protection de la population d’écrevisses et de son milieu de vie doivent donc être prises de façon urgente.


Description du site
Le Site des Neuf Fontaines
Son nom mentionne déjà la présence de fontaines sur le site, et il s’agit de sources, d’affleurements de la nappe phréatique qui alimentent d’une eau fraîche (12°C) et de bonne qualité l’étang au Neuf Fontaines. On en trouvera une en amont de l’étang, où a été conservé un lavoir rustique, ainsi qu’une deuxième principale en aval au niveau de la digue. Trois étangs forment une chaîne dans un milieu riche et préservé. Si la qualité de l’eau y est déjà bonne, la biodiversité et la présence d’espèces rares dans l’écosystème y sont étroitement liées. Le site est préservé de l’impact humain agricole en étant conditionné à l’intérieur d’un milieu forestier.
Le couvert végétal se distingue de la forêt de pins maritimes par une ripisylve à aulnes, saules, châtaigniers et chênes, qui assurent à la fois - et surtout pour les deux premiers - des zones d’ombre, un apport en matières organiques ainsi qu’un soutient des berges par leur réseau racinaire. Les masses touffues de carex sont la principale végétation rivulaire, et offrent à de nombreuses espèces animales des possibilités d’abris et de nutrition.Depuis la berge de l’étang des Neuf Fontaines circule un petit cours d’eau typique du milieu landais, de faible profondeur et à fond sableux. S’il est nourri de l’eau qui s’écoule de l’étang, il l’est également par une des sources, qui lui confère ainsi une température fraîche et une bonne qualité d’eau. Il se jette ensuite dans l’étang du Moulin Neuf, plus en amont. Ce site doit être préservé car il abrite une population d’Ecrevisse à Pattes Blanches.


Le projet autoroutier
Le projet autoroutier A65 Langon-Pau ne semble pas justifié car un réseau routier déjà existant pourrait plutôt être amélioré. Cet aménagement de l’existant procurerait autant de sécurité et de confort de conduite tout en ayant un coup financier moins important et un impact moins important sur la qualité de l’environnement (produirait moins de pollution et de dégradation des milieux naturels).
Le projet d’autoroute occupera environ 1500 à 2000 ha au détriment des milieux naturels et créera une coupure dans les milieux qu’elle traverse. Les territoires seront alors morcelés. Cette fragmentation des habitats naturels isole les populations animales qui sont alors vouées à disparaître. Les aménagements spéciaux pour le passage de la faune sauvage auraient un coût important et une efficacité relative. L‘aménagement de la route existante serait moins nuisible à la faune sauvage et moins coûteuse.
Afin de préserver la qualité de l’environnement et de ne pas favoriser le réchauffement climatique, les énergies fossiles devraient être moins utilisées et le transport ferroviaire favorisé. La construction d’autoroute est donc en contradiction avec un concept de développement durable. De plus l’épuisement du pétrole commence à se faire sentir par une demande accrue et une offre qui plafonne. Lorsque l’autoroute sera construite et utilisable (2020), les transports routiers, dépendants des combustibles fossiles, auront sûrement été largement affectés par l’épuisement des ressources et l’augmentation du prix du pétrole.
Les atteintes environnementales aux milieux naturels n’ont pas été chiffrées alors que de nombreuses espèces protégées occupent ces milieux (la Cistude d’Europe, le Vison d’Europe, l’Ecrevisse à pattes blanches récemment découverte sur le site de Bostens…). Ces milieux ne doivent, d’après l’arrêté ministériel de 1983, en aucun cas être modifiés sciemment. Ce projet autoroutier ne peut donc pas traverser les zones habitées par ces espèces protégées.
De plus, dans un esprit de développement durable et au vu des énormes coûts environnementaux que les projets autoroutiers occasionnent, un état d’esprit de « recyclage » doit être adopté. Il s’agit de réutiliser l’existant plutôt que de produire du nouveau. Dans ce cas, un réaménagement du réseau routier existant serait donc préférable. Le patrimoine naturel est menacé et comme le souligne le dernier Rapport sur les Comptes Economiques de l’Environnement (2005), le danger principal, pour la biodiversité sur laquelle insiste toute la communauté scientifique, est constitué par la fragmentation des habitats naturels.
Afin de respecter la préservation de l’environnement naturel, projet autoroutier doit être abandonné à la faveur d’un réaménagement du réseau routier existant.
Texte rédigé à partir du dossier présentant les observations de la Fédération SEPANSO Aquitaine relatives à l’enquête publique portant sur la réalisation de l’autauroute A65 Langon-Pau rédigé par Pierre Davant, Président de la SEPANSO.


Le mot du maire
« Le site des 9 fontaines ( 23 Ha ) est un ensemble aux valeurs écologiques et patrimoniales exceptionnelles, composé notamment de 3 étangs et du ruisseau des « neuf fontaines ». Cette zone humide qui révèle une flore typique de ces milieux est fréquentée par un grand nombre d'animaux.
Sur ce site naturel, se dresse un corps de ferme ancienne (Maison Larrousse 1850 ) entouré d'un vaste airial. Ce terrain communal a été acquis en 1994 au prix d'un gros effort financier pour notre petite commune.
Afin de préserver la tranquillité du lieu, le site a été placé en réserve de chasse et n'est ouvert aux pêcheurs et aux promeneurs que six mois dans l'année. Les enfants de l'école de Bostens et d'ailleurs peuvent profiter de ce lieu privilégié pour leurs classes de découvertes et d’éducation à l’environnement.
Le tracé autoroutier proposé représente une véritable agression pour les milieux naturels et met en péril toute une partie de l'écosystème. (…). Depuis 2002 j'ai interpellé soit par courrier soit de vive voix les différents acteurs de ce projet afin de démontrer les effets néfastes de ce tracé sur la faune et la flore de ce patrimoine et qui réduit à néant les projets que la commune de Bostens avait élaboré, à savoir développer l'éco-tourisme en ayant comme toile de fond le milieu naturel et ainsi se tourner vers le tourisme vert. »
Jean-Yves Paronnaud, Maire de Bostens

Crédit photo : Cistude Nature

 

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